Like a tuna in the brine

13 jui, 2006

Etranges omissions

Au jour le jour — Par scarlett @ 21:08

Voici des extraits d'un texte que je viens de lire à partir d'un blog très mystique

"Etranges omissions : où sont les femmes de l'Ecriture dans le Lectionnaire ?"

Parmi les changements les plus marquants du Concile Vatican II qui ont un effet sur les catholiques "ordinaires", on trouve les réformes de la liturgie. Et parmi celles-ci la réforme du Lectionnaire : choix des lectures pour les messes du dimanche et de tous les jours de l'année. elle devait apporter un "supplément de Bible" aux fidèles.

[...]

Le 25 mai 1969, la Congrégation pour la Divine Liturgie et les Sacrements publiait un nouveau Lectionnaire à mettre en usage pour les messes… En tant que religieuse bénédictine, participant journellement à l'eucharistie, j'ai donc écouté et proclamé la parole de Dieu à partir de ce lectionnaire pendant presque 24 ans. Mais ce n'est qu'en novembre dernier que j'ai pris conscience de certaines omissions dans les textes d'Ecriture sélectionnés.

Article de sœur Ruth Fox paru dans le National Catholic Reporter, Kansas City, USA n° 28, vol. 30 du 13 mai 1994. Traduit de l'américain par Michael Dumas de Bruxelles. Nous avons dû abréger certains passages. On trouvera l’article in extenso dans le bulletin de l'association Femmes et Hommes en Eglise ° 62.

Pour les dernières semaines de l'année, le Lectionnaire a choisi des lectures de la Lettre aux Romains : lecture presque continue, à l'exception de quelques passages qui, eux, sont lus les dimanches.

Quand on arriva au chapitre 16, les salutations de Paul à ses "collègues de travail", "hommes et femmes", je n'entendis pas parler de Phoebé, "notre soeur qui sert l'Eglise de Cenchrées", dans les versets 1 et 2. Me demandant si le lecteur avait sauté quelques lignes, j'ai vérifié dans le Lectionnaire. Et là, j'ai découvert que ces deux versets avaient bien été omis : "Je vous recommande notre soeur Phoebé qui sert dans l'Eglise de Cenchrées. Accueillez-la dans le Seigneur comme les saints doivent l'être, aidez-la dans toute affaire où elle aurait besoin de vous. Car elle a été une protectrice pour bien des gens et pour moi-même". Ces deux versets ne figurent pas non plus dans les lectures d'autres jours. Ainsi, même ceux et celles qui vont à la messe tous les jours n'entendent jamais parler, dans la liturgie, de Phoebé, la diacre qui lui a été une si grande aide. Deux dimanches après, la première lecture était la louange poétique à la "femme vaillante" ou femme de caractère du Livre des Proverbes au chapitre 31. Lorsque je me préparais à cette liturgie du dimanche, quelque chose me troubla : le texte ne correspondait pas au souvenir que j'en avais. En comparant le lectionnaire avec la Bible, j'ai constaté une grande différence : le lectionnaire omet les passages qui louent les initiatives de la femme, son aptitude aux "affaires", sa dignité et sa sagesse (v. 14-18 et 21-29). Mais par contre, il inclut bien les versets qui la louent pour le "service" qu'elle assure à son mari et parce qu'elle reste à la maison pour filer la laine.

[...]

Au milieu de toutes ces découvertes, une amie attira mon attention sur un essai de Marjorie Procter-Smith, dans un livre intitulé "Femmes : Invisibles dans la théologie et dans la liturgie" (Ed. T. and T. Clark, Edimbourg, 1985).

M. Procter-Smith y étudie les images de femmes dans le Lectionnaire en usage dans beaucoup d'Eglises protestantes pour les dimanches et jours de fête. A l'aide de cet article, j'ai approfondi mes recherches.

Il est important de se rappeler que les lectures du dimanche sont réparties sur un cycle de trois ans. L'évangile de Matthieu est lu l'année A, Marc l'année B et Luc l'année C. Jean est lu chaque année à des moments particuliers. Pour les jours de la semaine, les premières lectures sont réparties en un cycle de deux ans, les évangiles ont un cycle d'une année. Certaines lectures de l'évangile ont une forme brève ou longue ; c'est au célébrant de choisir.

Un des "miracles" de Jésus raconté dans les trois évangiles synoptiques se rapporte à la guérison de deux femmes : l'une la fille de Jaïre, l'autre la femme souffrant d'hémorragies. Dans le récit qui en est fait, les deux histoires se chevauchent pour mieux indiquer la relation étroite qui existe entre elles.

Et cependant, dans le Lectionnaire du dimanche de l'année B, la guérison de la femme, pour laquelle Jésus transgresse plusieurs tabous à propos des femmes, peut ne pas être incluse dans la lecture si on choisit la version brève (Mc 5, 21-43). Si donc le célébrant opte pour cette version brève, l'histoire de la femme souffrant d'hémorragies ne sera jamais entendue par l'assemblée réunie le dimanche à l'église. La version complète de Marc figure au lectionnaire de semaine, ainsi que celle de Matthieu mais le récit dans Luc n'y trouve pas place.

[...]

Peut-être les catholiques se disent-ils : "Nous pouvons tout de même compter sur le Propre des Saints pour nous proposer des saintes aussi bien que des saints !" Qu'ils se détrompent, un rapide examen du calendrier annuel des célébrations révèle qu'il y a 144 saints (sans compter les trois archanges dont les prénoms sont masculins même si le sexe des anges n'est pas défini !) et seulement 29 saintes, y compris Marie, mère de Jésus.

Cette proportion révèle bien les statistiques des saints et saintes canonisé/es. Il a été établi récemment (1993) que 82 % des saints canonisés sont des hommes, 18 % des femmes.

La Conférence des Evêques américains a légèrement amélioré ce rapport en ajoutant 10 hommes et 7 femmes à la liste des saints à commémorer dans la liturgie, aux Etats-Unis.

Au cours de ces dernières années cette même Conférence a travaillé à la mise à jour du Missel romain, pour y inclure des révisions au Lectionnaire et des traductions nouvelles de l'Ecriture. Les Evêques attendent maintenant l'approbation de Rome pour la publication de ces nouvelles versions. D'ores et déjà, on sait qu'il n'y aura pas de changements importants dans la sélection des lectures.

La liturgie est le centre de notre vie chrétienne, le moyen fondamental pour nourrir notre spiritualité, la former, la célébrer. La liturgie est l'action qui commémore l'histoire de notre salut par des récits et des rites dont l'âme et le cadre sont l'Ecriture. Les choix du Lectionnaire pour la messe apportent-ils réellement aux catholiques la "part la plus riche" promise par les réformes demandées par Vatican II ?

J'ai beaucoup abrégé l'article initial (déjà lui-même abrégé) qui propose tout plein d'autres références en matière de femmes dans la Bible (dont certains épisodes dont je n'ai jamais entendu parler .)

Autant je n'aime pas les critiques faciles sur le "machisme" de l'Eglise catholique, autant j'aime celles qui sont argumentées... celle-ci en fait partie. Cette petite dame a réussi à me motiver à prendre ma Bible et à la lire par moi-même (ce dont je n'ai jamais eu le courage pour le moment).

J'invite tous ceux que ces questions intéressent à aller lire l'article initial



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